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On s’est arrêtés trois fois en vingt kilomètres. Pas pour un point de vue aménagé avec un panneau et un stationnement, juste parce qu’à chaque sommet de la 362 le fleuve réapparaît deux cents mètres plus bas et qu’on n’arrive pas à passer tout droit.

Sept heures dix du matin, entre Les Éboulements et Saint-Irénée. De la brume accrochée dans les creux. Une camionnette de ferme arrêtée sur l’accotement, clignotants allumés, et le gars dedans qui regarde exactement la même chose que nous. Personne ne klaxonne. C’est le genre de route où s’arrêter pour rien est la norme.

Quatre jours plus tard, on était de l’autre côté de l’eau, en train de regarder ces mêmes montagnes de loin. C’est ça, la boucle du Fleuve : Charlevoix, un traversier, le Bas-Saint-Laurent, et environ 500 kilomètres qui vous font voir la même rive deux fois, sous deux angles complètement différents.

La boucle en un coup d’œil

Jour 1, Québec vers Baie-Saint-Paul

Environ 95 kilomètres par la 138. Une heure et demie si vous filez, une journée complète si vous faites ce qu’il faut faire.

Première halte à la chute Montmorency, à quinze minutes de Québec. Elle est plus haute que celles du Niagara et on la voit depuis le stationnement, ce qui règle la question si vous n’avez pas envie de monter l’escalier. Puis Sainte-Anne-de-Beaupré et sa basilique, qu’on croise de toute façon.

Si vous partez le matin, dînez à Sainte-Anne-de-Beaupré chez Coquette, un bistro de quartier qui a reçu un Bib Gourmand du Guide MICHELIN en 2026. C’est l’équipe derrière Kebec Club Privé et Torii, et ça se goûte.

Avant d’attaquer les côtes de Charlevoix, arrêtez à la réserve nationale de faune du cap Tourmente. En octobre, les grandes oies des neiges s’y posent par dizaines de milliers et le bruit qu’elles font est difficile à décrire.

Arrivée à Baie-Saint-Paul en fin d’après-midi. Le camping Le Genévrier est à quelques minutes du centre et convient bien aux véhicules aménagés. En ville, la rue Saint-Jean-Baptiste et ses galeries se marchent en une heure, et Buvette Gentille, un autre Bib Gourmand 2026, mise sur le petit format et les producteurs de la région.

Jour 2, Baie-Saint-Paul vers La Malbaie par la 362

Cinquante kilomètres. C’est tout, et vous allez y passer la journée.

Prenez la 362, jamais la 138. La route du Fleuve traverse Les Éboulements et Saint-Irénée en montant et descendant sans arrêt, avec des points de vue que la 138 ne donne pas. Roulez lentement, il y a des cyclistes et les côtes sont plus raides qu’elles en ont l’air.

Descendez à Saint-Joseph-de-la-Rive et prenez le traversier pour l’Isle-aux-Coudres. Il est gratuit, il part aux demi-heures en haute saison, et la traversée dure une quinzaine de minutes. Sur l’île, un tour complet fait environ 26 kilomètres. À vélo, comptez trois heures avec les arrêts. En van, deux heures suffisent.

Remontez ensuite vers La Malbaie. Si vous avez de l’énergie et une demi-journée, le parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie est à environ une heure vers l’intérieur des terres, avec les plus hautes parois à l’est des Rocheuses. Le détour ajoute une bonne centaine de kilomètres aller-retour.

À La Malbaie, les campings et les gîtes sont nombreux le long de la 362. Réservez tôt en juillet, la région se remplit.

Jour 3, La Malbaie vers Rivière-du-Loup par le traversier

Trente-cinq kilomètres jusqu’à Saint-Siméon, puis un peu plus d’une heure sur l’eau.

Arrêtez à Port-au-Persil en chemin. Une petite chute, une chapelle, une baie, et l’un des rares endroits de la 138 où on descend jusqu’au bord de l’eau sans marcher longtemps. Il n’y a rien à faire là, et c’est exactement le point.

Le traversier part de Saint-Siméon vers Rivière-du-Loup. Réservez, surtout en juillet et en août, et présentez-vous à l’avance. Le tarif varie selon la longueur du véhicule, ce qui vaut la peine d’être vérifié avant de partir si vous roulez en van long. Vérifiez aussi les dates d’opération, la traverse ne fonctionne pas toute l’année.

Restez dehors pendant la traversée. C’est un peu plus d’une heure, il vente, et à peu près tout le monde finit par rentrer se rasseoir au chaud. Restez. On croise régulièrement des marsouins et des petits rorquals dans ce secteur, et vous avez les deux rives en vue en même temps, ce qui n’arrive nulle part ailleurs sur le fleuve. Derrière vous, les montagnes de Charlevoix rapetissent. Devant, le Bas-Saint-Laurent s’aplatit et s’ouvre.

À l’arrivée, montez au parc des Chutes de Rivière-du-Loup pour la fin d’après-midi. Pour souper, La Porte Arrière figure parmi les adresses recommandées par le Guide MICHELIN.

Nous, on a poussé jusqu’à Notre-Dame-du-Portage, dix minutes plus loin, et on y a passé la nuit dans le van. C’est la meilleure décision des quatre jours. Le village est bucolique au sens propre du terme, quelques maisons, le fleuve juste là, et une lumière de fin de journée qui donne envie de ne plus repartir.

Un couple du coin est venu nous jaser pendant qu’on sortait le drone. D’où on venait, ce qu’on faisait avec ça, est-ce qu’on pouvait leur montrer les images. Ils habitent là depuis des années et ils en parlent encore comme s’ils venaient d’emménager. C’est le genre de conversation qu’on ne planifie pas et qui finit par être le souvenir principal de la journée.

Jour 4, Rivière-du-Loup vers Québec par Kamouraska

Environ 45 kilomètres jusqu’à Kamouraska, puis 150 pour rentrer.

Prenez la 132, pas la 20. Le village de Kamouraska est le point culminant de la journée : maisons anciennes, quai, boulangerie, et le fleuve qui devient de plus en plus large vers l’ouest. Côté Est y détient un Bib Gourmand depuis la première sélection québécoise et c’est l’arrêt du dîner.

Poussez jusqu’à Saint-André-de-Kamouraska pour les battures et les aboiteaux, ces digues agricoles qui datent du Régime français et qu’on voit encore dans le paysage.

Ensuite la 20 vous ramène à Québec en moins de deux heures. C’est la seule portion ennuyante des quatre jours, et vous l’aurez méritée.

Où dormir sur la boucle

Côté hébergement classique, Baie-Saint-Paul et La Malbaie ont le plus de choix, des gîtes aux grands hôtels de villégiature de Pointe-au-Pic. Sur la rive sud, Notre-Dame-du-Portage et Kamouraska offrent des auberges de village à prix plus doux, souvent avec vue sur le fleuve.

Côté camping, le parc national des Grands-Jardins et le camping Le Genévrier couvrent le secteur de Baie-Saint-Paul. Réservez dès la fin de l’hiver pour juillet et août, Charlevoix est une des régions les plus demandées du Québec.

En véhicule aménagé, la boucle est facile à condition d’être organisé. Les haltes routières de la 138 et de la 20 sont utilisables pour une nuit, sans installer d’auvent ni sortir de chaises. Les stationnements de quai de Saint-Joseph-de-la-Rive, de Port-au-Persil et des villages du Bas-Saint-Laurent sont souvent tolérés hors saison et beaucoup moins en juillet. La règle qui ne trompe pas : demandez avant, et partez tôt le matin.

Où manger sur la route

Le repas qu’on planifie, sur cette boucle, se prend à Baie-Saint-Paul ou à Kamouraska. Buvette Gentille et Côté Est détiennent tous les deux un Bib Gourmand, ce qui veut dire une cuisine validée par les inspecteurs du guide sans facture de menu dégustation. Réservez, ces deux salles sont petites.

Pour les bons arrêts de tous les jours, Coquette à Sainte-Anne-de-Beaupré au premier jour, La Porte Arrière à Rivière-du-Loup au troisième. Entre les deux, les boulangeries de village de Charlevoix règlent la question du déjeuner mieux que n’importe quel restaurant.

Pour ce qu’on cuisine soi-même, cette boucle est une des mieux garnies de la province. Notre meilleur repas des quatre jours ne s’est pas pris dans un restaurant : du pain de la boulangerie du village, des fromages québécois, et le fleuve devant.

Charlevoix a bâti sa réputation là-dessus. Les fromageries de la région travaillent au lait cru depuis des générations et vous pouvez acheter directement à la ferme, souvent avec la vue sur le troupeau qui a fourni la meule. L’Isle-aux-Coudres ajoute ses vergers et ses jus de pomme non filtrés, et la 362 est ponctuée de kiosques de maraîchers qui vendent ce qui a été cueilli le matin.

Sur la rive sud, le registre change. Fumoirs, poissonneries, agneau de pré-salé de Kamouraska en saison, cabanes et érablières qui vendent à l’année, et quelques distilleries qui travaillent des botaniques d’ici. Achetez au fur et à mesure plutôt que de tout ramasser le premier jour, et prévoyez la place dans la glacière avant de partir, pas après.

Ce qu’on ferait différemment

La première fois, on met Charlevoix et le Bas-Saint-Laurent sur trois jours. C’est jouable et c’est une erreur. La 362 se fait à trente kilomètres à l’heure une bonne partie du temps, et le traversier ajoute une demi-journée dès qu’il y a de l’attente. Quatre jours, c’est le minimum honnête.

L’Isle-aux-Coudres mérite plus que deux heures. Beaucoup de gens la traversent en voiture, prennent trois photos et repartent. Une journée complète, avec des vélos, change complètement l’impression qu’on en garde.

Et on sauterait le détour des Hautes-Gorges si le temps est couvert. C’est un des plus beaux parcs de la province, mais les parois disparaissent dans le plafond nuageux et vous aurez fait deux heures de route pour du gris. Gardez-le pour un retour, par beau temps.

La boucle sur la carte

Toutes les adresses de cet itinéraire sont regroupées sur la Boussole, notre carte des lieux à visiter au Québec.

Ce qui reste, quatre jours plus tard, ce n’est pas un point de vue en particulier. C’est le moment où on s’est rendu compte, assis devant le van à Notre-Dame-du-Portage, qu’on regardait les montagnes qu’on avait descendues la veille. Trente kilomètres d’eau entre les deux. Aucune autre boucle du Québec ne fait ça.

Le traversier reprend du service à la fin du printemps. Regardez vos dates, réservez la traversée en premier, le reste s’organise autour.

Nos critères de sélection sont publics et expliqués sur la page Les Repères QEV.


Comment cet itinéraire a été bâti

Recherche, rédaction et vérification : l’équipe d’Explorateurs Québec en vacances. Nous avons parcouru cette boucle, pris le traversier de Saint-Siméon et dormi en véhicule aménagé à Notre-Dame-du-Portage. Dernière vérification des informations le 25 juillet 2026.

Distances et budget : les kilométrages sont calculés au départ de Québec par les routes indiquées, la 138, la 362, la 132 et la 20. Le budget d’essence suppose une consommation de 15 L aux 100 km et un prix de 1,75 $ le litre. Le détour vers les Hautes-Gorges n’est pas inclus dans le total.

Le traversier : la traverse entre Saint-Siméon et Rivière-du-Loup ne circule pas à l’année et ses tarifs varient selon la longueur du véhicule. Vérifiez les horaires, les dates d’opération et les tarifs auprès du transporteur avant de bâtir vos journées autour, et réservez en juillet et en août.

Stationnement en véhicule aménagé : les tolérances des quais et des stationnements municipaux changent d’une saison à l’autre et d’une municipalité à l’autre. Demandez sur place plutôt que de présumer.

Une erreur? Écrivez-nous et nous corrigerons la page en affichant la date de mise à jour. Nos critères d’évaluation sont publics et détaillés sur Les Repères QEV.

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