La Noce Saguenay : 2 spectacles à la Pulperie de Chicoutimi qui résument le festival
La Noce transforme la Pulperie de Chicoutimi en scène le temps d'une soirée. Angine de Poitrine, Lou-Adriane Cassidy et nos conseils pour planifier votre visite.
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il ne se passe pas une fin de semaine d’été sans un festival quelque part. On est montés de Québec pour en vérifier un: La Noce, sur le site de la Pulperie de Chicoutimi. Angine de Poitrine en ouverture, Lou-Adriane Cassidy pour finir.
On quitte Québec avant le lever du soleil. La 175 grimpe tranquillement dans la réserve faunique des Laurentides, le café tiédit dans le porte-gobelet, la musique joue tout bas. C’est un trajet qu’on aime. Les épinettes défilent, le brouillard s’accroche aux lacs, et le signal cellulaire décroche par bouts. On lâche prise avant même d’être arrivés.
Un peu plus de deux heures plus tard, le décor s’ouvre d’un coup. On redescend vers Chicoutimi, la rivière apparaît, la ville s’installe dans le creux. C’est ça, le Saguenay: le fjord, l’eau sombre, les anciennes villes industrielles cousues ensemble en une seule grande ville. Le Lac-Saint-Jean, de l’autre côté du territoire, c’est une tout autre affaire. Plus ouvert, plus agricole, tourné vers sa mer intérieure. Deux sous-régions, deux personnalités, une même région administrative.
Et l’été, les deux se répondent. D’un bout à l’autre du territoire, la région enchaîne les rendez-vous sans reprendre son souffle. Ce soir-là, on était du bord du fjord.


Une région qui carbure aux festivals tout l’été
Le Saguenay et le Lac se relaient de juin à septembre
S’il y a une chose qu’on a comprise cet été, c’est que le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne se contente pas de ses paysages. La région bouillonne de culture, et le calendrier est serré.
Côté Saguenay, il y a La Fabuleuse Histoire d’un Royaume, ce grand spectacle historique à ciel ouvert présenté à La Baie depuis des décennies, avec ses centaines de figurants bénévoles. Il y a le Festival des Rythmes du Monde, qui remplit les rues de musiques venues d’ailleurs. Il y a Jonquière en Musique, de l’autre côté de la ville. Chicoutimi, Jonquière, La Baie: trois anciennes villes fusionnées qui ont gardé chacune leur programmation et leur fierté.
Côté Lac, ça ne dérougit pas non plus. Festirame fait vibrer Alma. Le Grand Rassemblement des Premières Nations célèbre la culture ilnu à Mashteuiatsh. Et la Traversée internationale du lac Saint-Jean transforme Roberval en capitale mondiale de la nage en eau libre pendant une semaine complète.
Autrement dit, vous pouvez monter ici à peu près n’importe quelle fin de semaine entre la fin juin et la fin août et tomber sur quelque chose. Le plus dur, c’est de choisir.
Nous, on avait deux rendez-vous. Celui-ci, au Saguenay. Et le souper dans les rues de Roberval, au Lac, qu’on vous raconte dans un autre article.
La Noce, née d’une idée de deux gars de Chicoutimi
Un festival culturel qui a choisi de faire autrement
La Noce, c’est né en 2017. Deux gars de Chicoutimi qui voulaient monter un événement culturel différent dans leur coin de pays. Pas une copie d’un gros festival urbain transplanté au nord. Quelque chose qui leur ressemble, à eux et à leur ville.
Le pari a tenu. Chaque été, l’édition dite de coquelicot investit des lieux atypiques de Saguenay et fait défiler autant de têtes d’affiche que de découvertes. L’événement a même engendré une petite soeur hivernale, La Noce de laine, pour ceux qui trouvent que la culture ne devrait pas hiberner de novembre à avril.
Ce qu’on aime, c’est l’esprit. Pas de grande machine impersonnelle, pas de programmation calculée au sondage. On sent une équipe qui programme avec le coeur et un public de connaisseurs qui suit. C’est le genre de festival où on découvre son prochain groupe préféré sans l’avoir cherché, simplement parce qu’on est arrivés trente minutes trop tôt pour l’artiste qu’on venait voir.
Et ça, dans une région qui n’est pas Montréal, ça vaut quelque chose. Le Saguenay n’attend pas que la culture monte de la grande ville. Il la fabrique.
La Pulperie, un site qui fait la moitié du travail
Du patrimoine industriel converti en salle de spectacle à ciel ouvert
Notre soirée se passait sur le site de la Pulperie de Chicoutimi. Si vous n’y êtes jamais allés, imaginez d’anciens bâtiments de pierre, massifs, plantés le long de la rivière Chicoutimi. Un site industriel patrimonial devenu musée, avec les chutes et les murs de pierre comme décor permanent.
Mettez une scène là-dedans, allumez-la à la tombée du jour, et vous avez quelque chose que bien des festivals paieraient cher pour reproduire. La pierre renvoie le son, l’eau fait son bruit de fond, et la lumière de fin de journée descend sur tout ça.
La météo était de notre bord. Une de ces soirées d’été douces où on n’a pas envie que ça finisse, où on garde son chandail attaché autour de la taille au lieu de le mettre.
Et du ciel, on mesure l’ampleur de l’affaire. Les stationnements pleins, la foule massée devant la scène, le site qui déborde. Un festival de région qui n’a rien d’un petit festival.



Angine de Poitrine, l’ovni de la soirée
Des costumes d’extraterrestres et une foule qui embarque à fond
On attendait surtout Angine de Poitrine. Le duo est devenu viral dans la dernière année, et on comprend vite pourquoi.
Costumes d’extraterrestres. Sonorités qu’on n’entend nulle part ailleurs. Humour complètement décalé, livré avec un sérieux imperturbable. Sur papier, ça ne devrait pas marcher. On se dit que c’est une blague qui va s’essouffler après trois chansons.
En vrai, c’est l’inverse. La foule embarque dès les premières minutes et ne redescend plus. On rit autant qu’on danse. Il y a quelque chose de libérateur à voir un public de plusieurs centaines de personnes accepter en bloc une proposition aussi étrange, sans ironie, juste pour le plaisir.
C’est bizarre, c’est brillant, et c’est nettement meilleur en personne que sur un écran de téléphone. Si vous les avez découverts en ligne, allez les voir sur scène. Ce n’est pas le même objet.



Lou-Adriane Cassidy, et le silence qui tombe
Changement complet de registre sur la scène de La Noce
Puis Lou-Adriane Cassidy est montée sur scène, et le site a changé de température.
Sa voix a rempli l’espace entre les bâtiments de pierre. Le public s’est tu. Pas le silence poli qu’on fait par politesse, l’autre: celui où tout le monde arrête de parler en même temps sans se consulter. On a eu le petit frisson qu’on cherche toujours dans un spectacle et qu’on trouve peut-être trois fois par été.
Deux propositions à l’opposé l’une de l’autre. La même soirée. Le même site. Des extraterrestres en costume qui font hurler la foule, puis une chanteuse qui la fait taire. C’est exactement ça, La Noce. Le festival ne cherche pas la cohérence de programmation, il cherche l’écart. Et c’est l’écart qui fait la soirée.
Où dormir après La Noce
Trois adresses de Chicoutimi pour ne pas reprendre la 175 de nuit
La Noce finit tard, et la route du retour traverse une réserve faunique. Le réflexe intelligent, c’est de réserver une chambre en ville et de repartir reposés le lendemain. Trois adresses qu’on retient dans le secteur.
L’Hôtel Chicoutimi, d’abord, si vous voulez rester au centre-ville. On est sur la rue Racine, dans le coeur commerçant, à quelques minutes du site de la Pulperie. L’établissement a été rénové dans un esprit plus contemporain et il y a un restaurant sur place. Pratique quand on veut finir la soirée à pied plutôt qu’au volant.
Le Montagnais, ensuite, pour ceux qui voyagent en famille ou en gang. C’est le gros porteur du secteur, sur le boulevard Talbot, avec un complexe aquatique intérieur qui règle la question de l’après-midi du lendemain quand il pleut. Stationnement facile, ce qui n’est pas rien un soir de festival.
La Saguenéenne, enfin, un classique local avec piscine et espace détente, à mi-chemin entre les deux. Un bon compromis si vous cherchez du calme sans vous éloigner du centre.
Dans les trois cas, réservez tôt. Un soir de La Noce, les chambres de Chicoutimi partent vite.
Planifier votre soirée à La Noce
Ce qu’on ferait différemment la prochaine fois
Quelques constats après notre passage.
Deux heures et quelque de route depuis Québec, c’est faisable en aller-retour dans la même journée, mais on ne le recommande pas. Après un spectacle qui finit tard, redescendre la 175 de nuit dans la réserve faunique, avec les orignaux qui ont leurs propres horaires, ce n’est pas l’idée du siècle. Réservez une chambre à Chicoutimi et repartez le lendemain matin.
Arrivez tôt sur le site. Les premières parties de La Noce ne sont pas du remplissage, c’est souvent là que se cachent les découvertes de l’été.
Prévoyez une couche de plus que ce que la météo annonce. Le soir, près de la rivière, la fraîcheur tombe vite même en juillet.
Et gardez du temps pour le site lui-même. La Pulperie se visite le jour, en dehors du festival, et le musée mérite son après-midi.
Ce qu’on rapporte du Saguenay
La Noce, un festival qui ose dans une région qui ne dort pas de l’été
On est repartis avec deux spectacles en tête et une conviction. La Noce ne serait pas la même ailleurs. Elle tient au site, à la ville, à un public qui accepte de se faire surprendre.
Mais elle n’est qu’une case dans un calendrier bien rempli. Pendant qu’on écoutait Lou-Adriane Cassidy à Chicoutimi, une autre ville de la région montait sa propre fête. C’est ça, l’été au Saguenay-Lac-Saint-Jean: une effervescence qui se déplace d’un bout à l’autre du territoire pendant trois mois.
La suite de notre séjour s’est passée de l’autre bord, au Lac. Dix mille personnes assises à la même table, dans les rues de Roberval. On vous raconte ça dans notre article sur le souper dans les rues.


Si vous cherchez un festival qui ne ressemble à aucun autre, dans un décor que personne ne peut copier, montez au Saguenay l’été prochain.
Nous, on sait déjà qu’on va y retourner.
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