Souper dans les rues de Roberval : 10 000 convives à une table d’un kilomètre au Lac-Saint-Jean
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Souper dans les rues de Roberval : 10 000 convives à une table d’un kilomètre au Lac-Saint-Jean

Une table d'un kilomètre, 10 000 convives, de la tourtière du Lac et 32 km de nage. Notre passage au souper dans les rues de Roberval pendant la Traversée.

Au Lac-Saint-Jean, l’été est une suite de rendez-vous. Le plus spectaculaire, c’est celui de Roberval: une table dressée sur plus d’un kilomètre, jusqu’à dix mille convives, et des nageurs d’élite qu’on applaudit un à un avant la grande traversée.

Il y a des soupers qu’on oublie. Et il y a celui-là.

On arrive à Roberval en fin d’après-midi, après avoir longé le lac. Le centre-ville est fermé à la circulation. Des tables s’alignent sur la rue, bout à bout, sur plus d’un kilomètre. Des gens sortent des chaises, installent des nappes, placent les ustensiles. Ça sent déjà la tourtière.

On s’attendait à un événement. On est tombés sur une ville entière qui soupe ensemble.

Le Lac-Saint-Jean, l’autre moitié d’une région en fête

Une mer intérieure, des villages tout le tour, et un calendrier d’été bien rempli

Petit détour nécessaire pour ceux qui découvrent le coin. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est une région, mais deux mondes.

Le Saguenay, c’est le fjord, la rivière, les anciennes villes industrielles collées ensemble. Le Lac-Saint-Jean, c’est ce que vous voyez quand vous arrivez par la 169: une étendue d’eau tellement grande qu’on parle d’une mer intérieure, ceinturée de villages agricoles, de plages de sable et de champs de bleuets. Roberval, Saint-Félicien, Alma, Péribonka, Mashteuiatsh, Saint-Gédéon. Chacun son caractère, tous tournés vers la même eau.

Et chacun sa fête. Festirame fait vibrer Alma. Le Grand Rassemblement des Premières Nations célèbre la culture ilnu à Mashteuiatsh. Le Zoo sauvage attire les familles à Saint-Félicien toute la saison. De l’autre bord du territoire, le Saguenay enchaîne de son côté avec La Fabuleuse Histoire d’un Royaume à La Baie, le Festival des Rythmes du Monde et Jonquière en Musique. On a fait le tour de ces rendez-vous dans notre guide des festivals de l’été au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

On avait d’ailleurs commencé notre séjour par là, au festival La Noce, sur le site de la Pulperie de Chicoutimi. Deux ambiances complètement différentes, la même région, le même mois de juillet.

Mais s’il y a un événement qui définit le Lac-Saint-Jean, c’est la Traversée.

Vue aérienne de l'embouchure de la rivière Chicoutimi, du pont Dubuc et du centre-ville de Chicoutimi
L’embouchure de la rivière Chicoutimi et le pont Dubuc.

La Traversée internationale, un monument depuis 1955

32 kilomètres de nage entre Péribonka et Roberval

Ne vous fiez pas au mot course. La Traversée internationale du lac Saint-Jean, c’est un festival complet, et l’un des plus vieux du genre au monde.

L’événement existe depuis 1955. Plus de 70 ans que des nageurs viennent affronter cette eau-là. L’épreuve reine, c’est le grand marathon de 32 kilomètres, de Péribonka à Roberval. Dans le milieu de la nage en eau libre, cette traversée est mythique. On parle de plusieurs heures dans un lac qui a ses humeurs, ses vagues et sa température bien à lui.

À côté du marathon, des épreuves plus courtes de 1, 2, 5 et 10 kilomètres ouvrent la fête à tout le monde, des nageurs aguerris aux amateurs qui veulent dire qu’ils ont nagé dans le lac Saint-Jean. Cette année-là, les participants venaient d’une dizaine de pays. On sentait toute une région derrière eux.

La 72e édition s’est déroulée du 18 au 25 juillet 2026, et la programmation débordait largement du cadre sportif. Défi de vélo gravelle, courses à pied, activités familiales, présentation officielle des nageurs, puis grands spectacles en soirée à la place de la Traversée: Classe Moyenne, Phillip Phillips, Fredz, Gab Bouchard et Les Trois Accords se sont succédé, avant les feux d’artifice de clôture. Une semaine complète, du matin au soir.

Le samedi matin, les marathoniens plongeaient à Péribonka à 8 h pour rallier Roberval en début d’après-midi. Peu d’événements au monde peuvent se vanter d’attirer des nageurs d’élite au même endroit depuis 70 ans. Roberval se proclame capitale mondiale de la nage en eau libre. Pendant cette semaine-là, on n’a aucune misère à la croire.

Le souper dans les rues, le clou du séjour

Une table d’un kilomètre, jusqu’à dix mille personnes assises ensemble

Le clou de notre passage, c’est le souper dans les rues. Une tradition robervaloise devenue immense.

Imaginez une table dressée sur plus d’un kilomètre, au centre-ville, et jusqu’à dix mille personnes assises côte à côte pour souper en même temps. Pas dix mille personnes qui circulent dans un site. Dix mille personnes assises. La différence est énorme.

Au menu, la tourtière du Lac. La vraie. Pas la tourtière de Noël qu’on connaît ailleurs au Québec, l’autre: la grosse, cuite des heures, avec les cubes de viande et les patates, servie en portions généreuses. Avec du ketchup maison, comme le veut la coutume. Et de la tarte aux bleuets pour finir, parce qu’on est au Lac et qu’il n’y a pas de discussion à avoir là-dessus.

On s’installe entre des gens qu’on ne connaît pas. On jase. On partage la salière. Quelqu’un vous explique d’où vient sa recette, quelqu’un d’autre vous demande d’où vous venez, et en quelques minutes on n’est plus des visiteurs.

C’est ça qui frappe. Ce n’est pas un souper touristique où les gens du coin servent les gens de passage. C’est un souper de village où les gens de passage sont assis à la même table que tout le monde.

Le concours de la meilleure tourtière

Les recettes de famille défendues au sérieux

Il y a même un concours de la meilleure tourtière, rien de moins.

Des cuisiniers du coin défendent leur recette de famille. Un jury goûte. Le titre se joue sérieusement, et les opinions dans la rue sont tranchées. On a goûté, on a comparé, on a pris position. On ne dira pas laquelle, on tient à pouvoir revenir.

Ce genre de détail dit quelque chose sur le Lac-Saint-Jean. La nourriture n’y est pas un accessoire de l’événement. Elle en est le coeur.

La présentation des nageurs, le moment fort

Dix mille personnes qui applaudissent des athlètes un à un

Puis vient le moment qu’on n’avait pas vu venir: la présentation des nageurs.

Les athlètes défilent devant la foule avant la grande traversée. On les applaudit un à un, le nom, le pays, l’histoire. Des gens qui vont nager 32 kilomètres dans deux jours, présentés devant une rue pleine de monde qui a encore l’assiette devant soi.

Ensuite, un spectacle musical prend le relais dans les rues, et la fête se poursuit tard. On a rarement vu une ville se rassembler comme ça.

Pour la nuit, on avait posé nos valises au Château Roberval, à deux pas du centre-ville, des restaurants et des services. Piscine intérieure, chambres bien aménagées. Parfait pour récupérer après la fête, surtout quand on n’a pas envie de reprendre la route à minuit.

[CARROUSEL PHOTO A MONTER : la présentation des nageurs devant la foule et le spectacle en soirée dans les rues]

Deux escales pour souffler autour du lac

Le Zoo sauvage de Saint-Félicien et un coucher de soleil sur le lac

Une semaine de festival, c’est bien, mais le Lac mérite qu’on prenne du temps entre les activités.

Première escale, le Zoo sauvage de Saint-Félicien, où ce sont un peu les humains qui sont en cage. On traverse le parc à bord d’un petit train grillagé pendant que les ours, les bisons et les caribous circulent en liberté autour. Les enfants adorent, les adultes aussi, et personne ne s’en cache. Prévoyez la demi-journée, pas deux heures.

Deuxième escale, une soirée au bord de l’eau. En fin de journée, le ciel a viré à l’orange, puis au rose, puis à un rouge qu’on n’invente pas. Un coucher de soleil complètement fou, les pieds presque dans l’eau. On est restés là, sans parler, jusqu’à la dernière lueur.

Le lac fait ça. Il vous coupe le sifflet quand vous ne vous y attendez pas. Si vous avez une journée de plus, le tour du lac se fait aussi à vélo sur la Véloroute des Bleuets, et le village historique de Val-Jalbert est tout près de Roberval.

Où dormir autour du lac

Trois adresses pour prolonger la fête sans reprendre la route

Le souper dans les rues se termine tard et la semaine de la Traversée remplit la région. Réservez tôt, et choisissez selon l’endroit où vous voulez vous réveiller.

Le Château Roberval, c’est le choix évident si vous venez pour le souper et la grande traversée. On est à deux pas du centre-ville, des restaurants et des services, donc on rentre à pied quand la soirée s’étire. Piscine intérieure, chambres bien aménagées. C’est là qu’on a dormi, et pour cette fin de semaine-là, c’était le bon calcul.

L’Auberge des îles, à Saint-Gédéon, pour ceux qui préfèrent se réveiller devant l’eau. On est de l’autre côté du lac, en bordure directe, avec la plage et le coucher de soleil dont on vous parlait plus haut. Comptez un peu de route pour rejoindre Roberval, mais le décor vaut le détour.

L’Hôtel du Jardin, à Saint-Félicien, si vous combinez la Traversée et le Zoo sauvage. L’établissement est bien situé pour faire les deux sans multiplier les allers-retours, avec piscine et restaurant sur place. Une bonne base pour une famille qui étire le séjour sur trois ou quatre jours.

Un conseil qui vaut pour les trois: pendant la semaine de la Traversée, les disponibilités fondent. Bloquez vos nuits dès que les dates de l’édition sont connues.

Coucher de soleil sur le lac Saint-Jean à l'Auberge des îles

Planifier votre passage à Roberval

Ce qu’on conseille à ceux qui veulent y aller

Quelques repères pratiques.

Pour le souper dans les rues, informez-vous sur le fonctionnement des places et des billets auprès des organisateurs. Les modalités peuvent changer d’une année à l’autre, et ce n’est pas le genre d’événement où on improvise en arrivant.

Faites le tour du lac plutôt que l’aller-retour. La 169 en fait une boucle complète, et chaque village du parcours vaut un arrêt.

Et si vous montez de Québec, comptez un peu plus de trois heures par la 175 puis la 169, en gardant du temps pour les arrêts dans la réserve faunique des Laurentides.

Ce qu’on rapporte du Lac

Une région qui ne fait pas les choses à moitié

Une traversée légendaire, un souper à ciel ouvert pour dix mille personnes, une tourtière défendue comme un patrimoine. En quelques jours, on a pris la mesure de ce que le Lac-Saint-Jean sait faire l’été: rassembler.

Ce n’est pas un spectacle monté pour les visiteurs. C’est une ville qui fête, et qui vous fait de la place à sa table. Et pendant ce temps-là, à deux heures de route, le Saguenay menait sa propre programmation de son bord. D’un bout à l’autre du territoire, la région passe l’été à s’inventer des raisons de se rassembler.

Si vous cherchez un coin du Québec qui vibre de juin à septembre, mettez celui-là en haut de la liste.

Nous, on sait déjà qu’on va y retourner.

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