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On a vérifié l’adresse deux fois. Le chemin Principal de Saint-Mathieu-du-Parc n’a rien d’une rue de restaurants : des boisés, des lacs, un village de moins de mille habitants, et l’entrée du parc national de la Mauricie à quelques minutes. Le GPS annonce l’arrivée et on regarde autour en se disant qu’il doit y avoir une erreur.

Puis on ouvre la porte et il y a cette odeur. Du pain, quelque chose d’acidulé, une fermentation qu’on n’arrive pas à nommer sur le coup.

Le 6 mai dernier, l’Auberge Saint-Mathieu a reçu une étoile MICHELIN. Avec Narval, à Rimouski, ce sont les deux seules tables étoilées du Québec hors de Montréal et de la capitale. Ce sont aussi les deux seules pour lesquelles il faut vraiment prendre la route, et c’est exactement ce qui les rend intéressantes.

Auberge Saint-Mathieu, la fermentation au bout d’un chemin de gravier

L’endroit avait déjà une étoile verte, celle que le guide remet pour la démarche durable. Cette année, il gagne l’étoile de table et devient le premier restaurant étoilé de l’histoire de la Mauricie. Samy Benabed a aussi reçu le Prix du jeune chef 2026, remis aux talents émergents.

Samy Benabed y travaille les techniques de conservation d’inspiration scandinave. Fermentations, salaisons, saumures, avec de la cueillette pratiquée à quelques pas des cuisines. Les inspecteurs 2026 ont noté que la fermentation gagne du terrain au Québec, et c’est ici qu’on comprend pourquoi : elle permet de servir le territoire en janvier comme en août.

L’auberge a aussi une histoire d’équipe. Louise et Jean-Marcel, les propriétaires précédents, ont fait confiance à quatre gars : Étienne, Samy, Florent et leur fils Nicholas. C’est ce que l’équipe a raconté le jour de l’annonce, et ça se sent dans la salle.

Bon à savoir : l’adresse est au 2081, chemin Principal, à environ deux heures de Québec par la 40. Et comme c’est une auberge, vous dormez sur place. Aucune raison de calculer combien de temps il vous reste avant de reprendre la route.

Le parc national de la Mauricie, la moitié de la raison d’y aller

Un menu dégustation, c’est trois heures assis. Il faut quelque chose avant.

Le parc national de la Mauricie est à quelques minutes du village. Les sentiers autour du lac Wapizagonke, le point de vue du Passage, les portages en canot pour ceux qui veulent y mettre la journée. En octobre, la route panoramique du parc devient une des plus belles du Québec, et vous roulez au pas parce qu’il y a des voitures arrêtées partout pour photographier les érables.

Marchez le matin, mangez le soir, dormez sur place. C’est le programme complet, et il tient en une seule journée.

Si vous partez plus tôt, la Mauricie et le Centre-du-Québec valent le détour pour autre chose que le parc. Érablières ouvertes hors saison des sucres, fromageries fermières, maraîchers en bordure de la 138 et de la 155, quelques vignobles et distilleries qui font goûter sur place. Vous arrivez au souper avec la glacière pleine et l’impression d’avoir compris d’où sort ce qu’on vous sert.

Narval, Rimouski, la surprise qui a tenu

Quand la première sélection québécoise est sortie en mai 2025, une seule adresse en région avait décroché une étoile. Narval, rue Saint-Germain, à Rimouski.

Une salle simple, un accueil chaleureux, une cuisine qui pige dans plusieurs influences sans se donner de grands airs. Le guide parle d’une perle cachée, ce qui est rare dans leur vocabulaire habituel.

L’étoile a été reconduite en 2026. Un an plus tard, la maison n’a pas changé de format, ce qui est probablement le meilleur compliment qu’on puisse lui faire.

Rimouski a aussi un Bib Gourmand avec Losange, et un restaurant recommandé avec Arlequin, sur la même rue. De quoi remplir deux soirs dans une ville que la plupart des gens traversent en allant en Gaspésie.

La boucle complète, en cinq jours, au départ de Québec

Voici le trajet qui fonctionne le mieux si vous voulez les deux étoiles régionales dans le même voyage.

Jour un, Québec vers Saint-Mathieu-du-Parc par la 40, environ 190 kilomètres. Arrivée en fin d’après-midi, souper à l’auberge, nuit sur place. Jour deux, le parc national de la Mauricie, sentiers le matin, route panoramique l’après-midi. Jour trois, la longue journée de route vers Rimouski, environ 490 kilomètres par la 40 puis la 20, avec un arrêt à Kamouraska pour dîner chez Côté Est, un Bib Gourmand qui vaut le détour.

Jour quatre, Rimouski. Le Bic le matin, les caps et les phoques sur les rochers, puis Narval le soir. Jour cinq, retour vers Québec par la 132 plutôt que par la 20, environ 315 kilomètres, avec les villages du Bas-Saint-Laurent et le fleuve en permanence à votre droite.

Total : autour de 1 000 kilomètres. Avec un véhicule qui consomme 15 L aux 100 kilomètres et de l’essence à 1,75 $ le litre, comptez près de 260 $ de carburant pour la boucle complète.

En vanlife, ça marche aussi

Deux nuances si vous voyagez en véhicule aménagé.

Pour la Mauricie, les campings du parc national permettent de dormir à quinze minutes de l’auberge, mais réservez tôt en été. Prévoyez aussi le retour de nuit sur des routes sans éclairage, avec des chevreuils qui traversent au crépuscule. Rouler quinze minutes après un menu dégustation, ça se fait. Rouler une heure, moins.

Pour Rimouski, le parc national du Bic offre des emplacements à une vingtaine de minutes du centre-ville. Et la ville a des stationnements où passer la nuit sans déranger personne, à condition de rester discret et de ne pas déployer l’auvent.

Dans les deux cas, appelez le restaurant en réservant pour mentionner que vous arrivez en van. Ils vont souvent vous indiquer où vous garer, et parfois vous proposer mieux.

Pourquoi ces deux adresses comptent plus que les autres

Onze des treize étoilés québécois se trouvent dans deux villes. C’est normal, c’est là qu’il y a la clientèle, les fournisseurs et le personnel.

Narval et l’Auberge Saint-Mathieu prouvent l’autre chose : qu’une cuisine de ce calibre peut exister dans une ville de 50 000 habitants et dans un village de 1 000, avec la forêt et le fleuve comme garde-manger. Les inspecteurs parlent d’une approche locavore devenue une philosophie plutôt qu’une tendance. En région, ce n’est pas une position éditoriale, c’est juste la façon dont on s’approvisionne.

Alors prenez la 40 vers l’ouest ou la 20 vers l’est. Réservez un mois d’avance, gardez la fin de semaine libre, et laissez le reste de l’itinéraire se décider en route.

Cet article fait partie de notre dossier complet sur les 13 tables étoilées du Québec.


Comment cet article a été fait

Recherche, rédaction et vérification : l’équipe d’Explorateurs Québec en vacances. Dernière vérification des informations le 25 juillet 2026.

Sources : la sélection du Guide MICHELIN Québec dévoilée le 6 mai 2026, les publications de l’Auberge Saint-Mathieu au lendemain de l’annonce et les fiches publiques des restaurants. Nous fréquentons plusieurs de ces adresses. Pour celles où nous ne sommes pas allés, les descriptions s’appuient sur les fiches publiques du guide.

Distances et budget : les kilométrages sont calculés depuis Québec par les routes indiquées. Le budget d’essence suppose une consommation de 15 L aux 100 km et un prix de 1,75 $ le litre, à ajuster selon votre véhicule et le prix à la pompe.

Stationnement en véhicule aménagé : les tolérances varient d’une municipalité à l’autre et changent d’une saison à l’autre. Vérifiez la réglementation locale avant de passer la nuit quelque part.

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