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On roule sur un rang de gravier et on se demande encore si c’est la bonne direction. Puis il y a la grange, au bout du 9e rang à Sainte-Marcelline-de-Kildare, portes ouvertes sur la campagne. Les poules ne sont pas loin. Le bâtiment est chauffé à la biomasse et sent le bois.

Sur les tables, des fleurs coupées dans le jardin le matin même. Dans l’assiette, environ 80 % de ce qui pousse ou vit sur la propriété : légumes, œufs, volailles élevées sur place, sirop d’érable vieilli en fût.

Le 6 mai dernier, Huit 100 Vingt est devenu le premier restaurant de Lanaudière à figurer au Guide MICHELIN, avec une étoile verte. Cette distinction récompense la démarche durable plutôt que la technique. Et pour qui aime autant les fermes que les grandes tables, c’est la liste la plus intéressante du guide, parce qu’elle se visite en plein jour.

Une étoile qui ne se mange pas de la même façon

L’étoile verte n’est pas une étoile de moins. C’est une autre catégorie. Le guide la remet aux établissements engagés dans une gastronomie durable et écoresponsable, peu importe le nombre d’étoiles de table qu’ils possèdent.

Le Québec en compte cinq en 2026, après trois nouvelles attributions cette année. Elles vous emmènent dans Lanaudière, en Estrie, dans les Cantons-de-l’Est, en Mauricie et à Québec. Autrement dit, presque nulle part où vous seriez allé pour un souper gastronomique, et exactement là où vous iriez pour de l’agrotourisme.

C’est ce qui les rend faciles à intégrer à un road trip. Une ferme, ça se visite avant de manger.

Huit 100 Vingt, la ferme et le restaurant ne font qu’un

Loïc Leperlier cuisine dans la grange, avec les produits du lieu et des clins d’œil à ses racines réunionnaises. Le menu est unique et suit les récoltes, ce qui veut dire qu’il change tout l’été.

Ce qui a convaincu les inspecteurs dépasse l’assiette. Les volailles sont élevées et abattues sur place. Le reste vient des fermes voisines. Le bâtiment est en bois local, le chauffage fonctionne à la biomasse, et les résidus de cuisine nourrissent les animaux. La boucle est fermée.

Jessica Grégoire, copropriétaire, a parlé d’une vague d’amour au lendemain de l’annonce. Concrètement, les dernières places de juin sont parties en quelques heures.

Bon à savoir : l’adresse est au 820, 9e rang, à environ trois heures de Québec et une heure et demie de Montréal. La maison fait aussi cabane à sucre au printemps, avec des produits d’érable qui sortent des sentiers battus. Réservez des mois à l’avance, pas des semaines.

Les Mal-Aimés, une ferme du Haut-Saint-François

À Cookshire-Eaton, sur la route 253, la table est installée sur une ferme et l’expérience est immersive. Vous ne venez pas seulement souper, vous venez voir d’où ça sort.

Le nom dit l’essentiel de la démarche : travailler les produits, les coupes et les légumes que la restauration classique laisse de côté. C’est une des trois nouvelles étoiles vertes de 2026, et probablement celle qui demande le plus d’ouverture d’esprit au moment de lire le menu.

L’endroit se combine bien avec une fin de semaine dans les Cantons-de-l’Est, entre les vignobles de la route des vins et les sentiers du mont Mégantic.

Coteau, les légumes de l’Île d’Orléans dans une assiette de Québec

Le troisième nouveau venu de 2026 est en ville. Coteau, à Québec, travaille des produits cultivés sur l’Île d’Orléans, à vingt minutes du pont.

Les inspecteurs ont cité cette adresse pour illustrer leur constat de l’année : au Québec, l’approche locavore n’est plus une tendance, c’est une base. Quand vos maraîchers sont sur une île qu’on voit depuis la terrasse Dufferin, la question du kilométrage alimentaire ne se pose plus.

C’est aussi l’étoile verte la plus simple à ajouter à un séjour existant. Vous êtes déjà dans la capitale pour les six tables étoilées de la ville.

Espace Old Mill, la serre carboneutre de Stanbridge East

Dans les Cantons-de-l’Est, Espace Old Mill cultive plus de quarante variétés de légumes et possède une serre carboneutre sur place. Plus de la moitié des ingrédients viennent du jardin, le reste dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres.

L’étoile verte de la maison remonte à la première sélection québécoise, en 2025, et tient toujours. Stanbridge East est un village de la Montérégie, à une heure et demie de Montréal, dans un secteur où on va surtout pour les vignobles et les brasseries artisanales.

Prévoyez de rouler un peu pour y arriver. C’est le genre d’endroit qu’on ne trouve pas par hasard.

Auberge Saint-Mathieu, la seule à avoir les deux

C’est le cas particulier de la liste. L’auberge de Saint-Mathieu-du-Parc avait décroché une étoile verte en 2025, puis l’étoile de table en 2026, devenant le premier restaurant étoilé de la Mauricie.

La démarche s’appuie sur la cueillette pratiquée à quelques pas des cuisines et sur les techniques de conservation d’inspiration scandinave que travaille Samy Benabed, lauréat du Prix du jeune chef 2026. Fermentations, salaisons, saumures.

Si vous ne devez en faire qu’une seule cette année, c’est celle-là. Vous y dormez, le parc national de la Mauricie est à côté, et vous obtenez les deux distinctions dans le même repas. On en a fait une boucle de cinq jours avec Rimouski.

Trois fins de semaine plutôt qu’un grand voyage

Ces cinq adresses ne forment pas une boucle. Elles sont dispersées dans cinq régions, et essayer de les enchaîner serait une mauvaise idée.

Découpez plutôt en trois escapades. Lanaudière et la Mauricie ensemble, avec Huit 100 Vingt le samedi et l’Auberge Saint-Mathieu le dimanche, à environ deux heures de route l’une de l’autre. Les Cantons-de-l’Est et la Montérégie ensemble, avec Les Mal-Aimés et Espace Old Mill, séparés par un peu plus d’une heure. Puis Coteau, en solo, pendant votre prochain passage à Québec.

Trois fins de semaine, cinq étoiles vertes, aucune journée de route interminable.

Pourquoi cette liste vieillira mieux que l’autre

Les étoiles de table changent de main. Un chef part, un restaurant ferme, une salle perd sa régularité. Les démarches récompensées par l’étoile verte se construisent sur des années : une serre, un troupeau, un potager de quarante variétés, un système de chauffage.

Ça ne se démonte pas en une saison. Et ça se visite en plein jour, ce qui en fait un bien meilleur prétexte de road trip qu’une réservation à 19 h.

Faites-en le cœur d’une journée plutôt qu’une simple étape. Autour de ces cinq adresses, il y a des érablières qui vendent du sirop vieilli en fût, des fromageries au lait cru, des maraîchers qui ouvrent leurs champs en autocueillette, des vignobles et des distilleries qui font goûter sur place. Le repas devient la conclusion de la journée au lieu d’en être le seul motif.

Alors partez un samedi matin, arrêtez-vous aux kiosques sur la route, et arrivez avec assez d’avance pour faire le tour du jardin avant de vous asseoir. C’est là que l’étoile prend son sens.

Cet article fait partie de notre dossier complet sur les 13 tables étoilées du Québec.


Comment cet article a été fait

Recherche, rédaction et vérification : l’équipe d’Explorateurs Québec en vacances. Dernière vérification des informations le 25 juillet 2026.

Sources : la sélection du Guide MICHELIN Québec dévoilée le 6 mai 2026, les entrevues accordées par les copropriétaires de Huit 100 Vingt aux médias de Lanaudière, et les descriptions de démarche fournies par les établissements eux-mêmes. Nous fréquentons plusieurs de ces adresses. Pour celles où nous ne sommes pas allés, les descriptions s’appuient sur les fiches publiques du guide.

Chiffres cités : la proportion d’ingrédients provenant de la propriété, le nombre de variétés cultivées et les installations décrites proviennent des établissements. Nous ne les avons pas vérifiés sur place.

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