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Il y a une chemise repassée, roulée dans une serviette, quelque part entre la glacière et le sac de couchage. C’est le détail qui résume ce voyage.

Six heures du matin sur la 40, entre Donnacona et Trois-Rivières. Le van sent le café, le pare-brise est encore embué, et il n’y a personne devant sauf deux camions et un lever de soleil qui traîne sur le fleuve. Dans le téléphone, cinq confirmations de réservation étalées sur sept jours.

On peut faire les grandes tables du Québec en dormant dans un véhicule aménagé. Ça demande de l’organisation, un peu d’humour, et de savoir où se garer. Voici la boucle, jour par jour, au départ de Québec.

Jour 1, Québec vers Montréal

Environ 255 kilomètres par la 20 ou la 40. Deux heures et demie si vous ne vous arrêtez pas, ce qui n’arrivera pas.

Arrivez en fin d’après-midi et gardez la première soirée pour Sabayon ou Mastard. Sabayon si vous voyagez avec quelqu’un qui mange peu de viande, Mastard si vous préférez qu’on décide pour vous. Le menu carte blanche de Simon Mathys enlève une couche de réflexion après une journée de route.

Pour la nuit, Montréal reste la ville la plus compliquée du parcours en van. Prévoyez un stationnement en périphérie avec un métro à distance de marche, ou un camping de la couronne nord. Ne comptez pas dormir au centre-ville.

Jour 2, Montréal et le feu de bois

Journée sans voiture. C’est le seul jour du voyage où vous pouvez boire du vin sans calculer.

Le soir, Hoogan et Beaufort, au 4095 rue Molson, dans le Technopôle Angus. Marc-André Jetté y travaille les braises et la flamme nue, et le restaurant vient de décrocher sa première étoile. La salle est installée sous la charpente d’une ancienne usine de locomotives.

Si tout est complet, Limbo, le bar à vin ajouté aux Bib Gourmand cette année, fait un excellent plan B sans démolir le budget de la semaine. Les cinq étoilés montréalais sont détaillés ici.

Jour 3, Montréal vers Lanaudière

Journée courte, à peine 90 kilomètres vers le nord-est. C’est fait exprès.

Direction Sainte-Marcelline-de-Kildare et la table champêtre Huit 100 Vingt, au 820 du 9e rang. Étoile verte 2026, seule adresse de Lanaudière au guide. Le repas se prend dans une grange en bois ouverte sur la campagne, avec environ 80 % des ingrédients qui viennent de la propriété.

Arrivez tôt. Faites le tour du jardin, regardez les poules, demandez à voir l’érablière. C’est une ferme avant d’être un restaurant, et le repas prend un tout autre sens quand vous avez vu d’où ça sort.

La campagne de Lanaudière est facile pour la nuit. Terrains de camping, haltes tranquilles, ciel dégagé.

Jour 4, Lanaudière vers la Mauricie

Environ 120 kilomètres jusqu’à Saint-Mathieu-du-Parc. Vous arrivez pour le dîner, ce qui laisse tout l’après-midi au parc national de la Mauricie.

Les sentiers autour du lac Wapizagonke, la route panoramique, un canot si le temps le permet. En octobre, roulez lentement, tout le monde s’arrête pour photographier les érables.

Le soir, l’Auberge Saint-Mathieu, au 2081 chemin Principal. Premier restaurant étoilé de l’histoire de la Mauricie, et détenteur d’une étoile verte depuis 2025. Samy Benabed, lauréat du Prix du jeune chef 2026, y travaille la fermentation et les techniques de conservation d’inspiration scandinave.

Le gros avantage : c’est une auberge. Réservez une chambre pour cette nuit-là. Après quatre jours de van, une douche chaude et un vrai matelas se justifient, et vous n’avez pas à conduire après le menu dégustation.

Jour 5, la Mauricie vers Québec

Environ 190 kilomètres par la 40. Vous arrivez pour le dîner dans la capitale.

Réservez le lunch du Clan, rue des Jardins, à 59 $. C’est le meilleur rapport qualité-prix étoilé de la province en ce moment, et ça vous donne un repas de haut niveau sans manger votre budget de fin de semaine. Le brunch du samedi et du dimanche est à 39 $ si votre horaire tombe autrement.

L’après-midi, marchez. Le Vieux-Québec, les Plaines, la promenade Samuel-De Champlain. Le soir, quelque chose de simple : Battuto, Buvette Scott ou Ouroboros, tous des Bib Gourmand.

Pour la nuit, les campings de la couronne de Québec ou un stationnement discret sur la rive de Lévis, avec la vue sur le Château en prime.

Jour 6, Québec vers Rimouski

La plus longue journée, environ 315 kilomètres. Prenez la 20 à l’aller, vous garderez la 132 pour le retour.

Dîner à Kamouraska chez Côté Est, un Bib Gourmand qui tombe exactement au bon moment sur le trajet. Puis le parc national du Bic en fin d’après-midi, les caps, les phoques sur les rochers, la lumière qui bascule.

Le soir, Narval, rue Saint-Germain, à Rimouski. Une salle simple, un accueil chaleureux, et l’étoile qui a prouvé en 2025 qu’on pouvait cuisiner à ce niveau à 300 kilomètres de la capitale.

Le parc national du Bic offre des emplacements à une vingtaine de minutes du centre-ville. Réservez, surtout en juillet.

Jour 7, le retour par la 132

Environ 315 kilomètres, mais prévoyez la journée complète. La 132 longe le fleuve pratiquement tout le long et traverse Trois-Pistoles, Rivière-du-Loup, La Pocatière.

C’est la journée sans réservation. Vous arrêtez où vous voulez, vous mangez ce que vous trouvez, vous vous baignez les pieds dans l’eau glacée à un moment donné en vous demandant pourquoi.

Retour à Québec en fin d’après-midi, avec sept jours de route et cinq tables du Guide MICHELIN derrière vous.

Le budget carburant

La boucle complète fait environ 1 300 kilomètres. Avec un véhicule qui consomme 15 L aux 100 kilomètres et de l’essence autour de 1,75 $ le litre, comptez près de 340 $ d’essence pour la semaine.

Pour les repas, la structure du parcours fait le travail. Deux ou trois grandes tables, un lunch étoilé à 59 $, deux ou trois Bib Gourmand, et le reste cuisiné dans le van. C’est ce qui rend le voyage réaliste plutôt que théorique.

C’est aussi la partie qu’on préfère. Les kiosques de maraîchers entre deux régions, les fromageries de village, les poissonneries, une bière d’une microbrasserie qu’on n’avait jamais vue achetée directement à la brasserie. Vous mangez ce qui est prêt cette semaine-là, à quelques kilomètres de l’endroit où vous êtes garés.

Le parcours traverse quatre terroirs différents et ça se goûte. Les érablières de Lanaudière, qui ne se limitent plus au sirop et sortent des produits vieillis en fût. Les fromageries et les maraîchers de la Mauricie. Les vignobles et les distilleries qui se sont multipliés partout au Québec depuis dix ans, avec des gins qui travaillent des botaniques cueillies dans le bois d’à côté. Puis, dans le Bas-Saint-Laurent, les fumoirs et l’agneau de pré-salé.

Arrêtez-vous aux pancartes écrites à la main. C’est presque toujours là que ça se passe, et deux mille dollars de menus dégustation n’achètent pas ce sentiment-là.

Ce qu’il faut prévoir avant de partir

Réservez les grandes tables en premier, le reste s’organise autour. Six à huit semaines d’avance pour la plupart, davantage pour l’Auberge Saint-Mathieu et Huit 100 Vingt depuis leur distinction.

Mentionnez que vous arrivez en véhicule aménagé quand vous réservez. Neuf fois sur dix, on va vous dire où vous garer, et parfois vous proposer de rester sur place.

Gardez une tenue propre roulée dans une serviette. Aucun de ces restaurants n’exige le veston, mais vous allez vous sentir mieux.

Et laissez au moins une soirée sans rien de prévu. C’est toujours celle-là qui devient l’histoire que vous racontez en revenant.

Cet article fait partie de notre dossier complet sur les 13 tables étoilées du Québec.


Comment cet itinéraire a été bâti

Recherche, rédaction et vérification : l’équipe d’Explorateurs Québec en vacances. Dernière vérification des informations le 25 juillet 2026.

Sources : la sélection du Guide MICHELIN Québec dévoilée le 6 mai 2026 et les fiches publiques des établissements. L’itinéraire est une proposition construite à partir des distances réelles entre les adresses, et de régions que nous parcourons régulièrement. Nous ne l’avons pas encore fait d’un seul trait.

Distances et budget : les kilométrages sont calculés par les routes indiquées, au départ de Québec. Le budget d’essence suppose une consommation de 15 L aux 100 km et un prix de 1,75 $ le litre. Ajustez selon votre véhicule et le prix à la pompe au moment de partir.

Stationnement en véhicule aménagé : les tolérances varient d’une municipalité à l’autre et changent selon la saison. Vérifiez la réglementation locale avant de passer la nuit quelque part, et réservez les campings des parcs nationaux à l’avance en été.

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